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Pourquoi j’ai dérogé à l’interdit d’écran avant 3 ans

Ceux qui me connaissent savent à quel point respecter le développement psychomoteur de ma fille au quotidien est important pour moi. Je m’efforce de créer un environnement relationnel et matériel ajusté à ses capacités du moment pour permettre à tout son potentiel de se déployer. C’est un peu ma mission de mère psychomotricienne 😉

Et bien figurez-vous qu’au fil de la croissance de ma fille, je me vois laisser tomber certains principes … Comme l’histoire du parc et de la poussette dont je ne voulais absolument pas entendre parler étant enceinte et qui ont tout de même fini par rejoindre les rangs de ma liste de naissance.

Aujourd’hui, j’ai dérogé au fameux interdit d’écran avant 3 ans … Vous savez, cette célèbre règle des 3-6-9-12 dont la campagne tourne à fond la caisse sur les réseaux sociaux. Et bien ici, ça commence mal!

 

Pourquoi j'ai dérogé à l'interdit d'écran avant 3 ans : Exposer les jeunes enfants aux écrans est aux antipodes de leurs besoins en terme de développement. Mais une utilisation raisonnée, cadrée et accompagnée, peut être envisagée à certaines conditions.

 

À l’origine de cet interdit des écrans … les mécanismes du développement de l’enfant

Et oui, encore eux! Décidément, ils nous poursuivent, nous les parents. Enfin, en ce qui me concerne, c’est mon dada, ma référence ultime et ce qui me passionne dans mon métier.

Si les écrans sont proscrits avant l’âge de 3 ans, c’est tout simplement parce qu’ils créent les conditions exactement opposées à celles dont l’enfant à besoin pour se développer.

> La passivité. Or, pour apprendre, l’enfant doit être actif. C’est en exerçant ses sens et sa motricité qu’il pourra expérimenter son corps et son environnement pour découvrir le monde et s’y inscrire en tant qu’individu. Il doit bouger, tripoter, mettre en bouche et, surtout … jouer activement !!!

> La rapidité. Les images, les paroles et les sons s’enchainent beaucoup trop vite, dans une véritable cacophonie de bruits, de couleurs et de mouvements qui ne correspond pas du tout à la réalité. En ce compris les dessins animés soi-disants éducatifs ou spécialisés pour les bébés.

De plus, ce débit audiovisuel inhabituel détraque littéralement le système attentionnel des enfants, altérant leurs capacités de concentration.  Ils entrent en réalité dans un état d’hyper-vigilance, proche de l’état d’alerte face à un danger éventuel, qui fatigue leur système nerveux. Ce qui gaspille leur énergie et les rend moins disposés à apprendre ou à gérer leurs émotions durant les autres activités du quotidien.

> L’absence de relation. Télévision, tablette, smartphone ou ordinateur … Aucun échange n’est possible entre un enfant et un écran, quel qu’il soit. Les images envoyées, les mots posés ne prennent alors aucun sens pour le jeune enfant … Car c’est uniquement dans le cadre d’une relation affective et ajustée avec un adulte disponible que l’enfant pourra intégrer les informations qui lui sont transmises en tant que réel apprentissage. Sans l’ambiance relationnelle crée par le regard, la voix et le toucher de l’adulte, ainsi que les émotions positives qui émanent d’un moment partagé, le cerveau reste passif, hermétique et n’apprend pas.

Un entre-deux entre les écrans ON ou OFF ?

OK, les écrans ne doivent pas être proposés comme moyen d’y scotcher les enfants pour avoir un peu de répit, comme on peut parfois l’observer dans certains restaurants et salles d’attente.

OK, les écrans sont à proscrire pour permettre un développement harmonieux de l’enfant. Pour le laisser s’ennuyer et lui apprendre à canaliser son énergie par lui-même. Pour lui offrir toutes les possibilités d’exploration active dont il a besoin pour se construire.

Mais si, au quotidien, les conditions sont la majeure partie du temps réunies pour optimaliser son développement … Pourquoi ne pourrait-on pas lui proposer un temps d’écran minime et accompagné pour assouvir sa curiosité face à cet objet domestique ?

Car les écrans ont tout de même un réel pouvoir éducatif : celui de donner l’accès à des images de toutes sortes, d’une qualité de précision parfois difficile à égaler et ce, à n’importe quel moment. Les écrans peuvent nous montrer les merveilles de la nature, illustrer la plus complexe des mécaniques,  raconter des histoires qui touchent et qui émeuvent. Ils peuvent ainsi soutenir un enfant curieux dans sa compréhension du monde, de son corps et des relations humaines.

Pour en revenir à ma fille et sa façon de me faire oublier mes plus grands principes éducatifs … Les papillons, les coccinelles et la lune la passionnent. Elle les repère dans tous ses livres, les traque dans le jardin, en parle dès le matin et jusque tard le soir, à tout le monde et à n’importe quel moment (y compris aux inconnus dans la rue et à la caisse du magasin).

Quel émerveillement pour elle de voir sur mon smartphone quelques images d’un papillon ouvrant sa chrysalide pour déployer ses ailes, une araignée qui tisse patiemment sa toile ou le ballet amoureux de jolies coccinelles.

Elle a pu apprendre de nouveaux mots au gré des évènements se succédant dans les petits films. Mais c’est surtout parce que nous les regardons ensemble et que j’attire son attention sur certains éléments en les commentant, les pointant du doigt et en posant des mots sur les actions qui défilent.

D’où l’importance de choisir des vidéos courtes, 5 minutes grand maximum, sans paroles et à défilement suffisamment lent. Pour les passionnés d’insectes, je vous conseille d’ailleurs les petites capsules des Minuscules 😉

L’indispensable nécessité de cadrer

Bien évidemment, la tentation est grande pour l’enfant qui a goûté à la magie des écrans de vouloir y accéder à tout moment, dès que Papa ou Maman consulte son smartphone. L’instauration d’un cadre est indispensable !

À la maison, c’est une fois par jour au maximum en fin d’après-midi, quand la petite s’est bien activée toute la journée et que l’humeur devient ronchon avec la fatigue. C’est un petit moment de repos sur le canapé, où nous nous installons bien confortablement. Nous prenons le temps de partager ces 5 minutes d’écran comme une petite pause dans le flux d’activités de la journée. C’est une petite fenêtre sur le monde.

À mon sens, cette utilisation raisonnée des écrans, c’est-à-dire cadrée et accompagnée, a le mérite de préparer ma fille à l’omniprésence de ceux-ci dans la vie quotidienne. De cette manière, elle est éduquée à une utilisation parcimonieuse de ceux-ci, dès le départ. Cela vient également soutenir sa curiosité d’enfant en lui donnant accès à des images d’une qualité et d’une finesse qu’il serait rare de capter dans son environnement réel. Et bien entendu, ce n’est qu’un petit plus que je ne lui autorise que parce que tout le reste du temps, elle est active, dans son corps, pour expérimenter le monde et les relations.

Et vous, comment gérez-vous les écrans avec votre enfant ? Tenez-vous bon jusqu’à 3 ans comme cela est préconisé ? Ou bien avez-vous « craqué » et vous cherchez-vous des excuses (comme moi ^^) pour l’expliquer ?

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5 Comments

  • Personnellement, depuis que j’ai recherché pourquoi exactement les écrans étaient dangereux (j’en parle ici https://chutmamanlit.com/2018/03/14/les-ecrans-sont-dangereux-pour-les-enfants-oui-mais-pourquoi/), j’ai beaucoup relativisé sur le sujet.

    Du coup, depuis, je suis passée de zéro écrans, à comme toi, de temps en temps, pour montrer au Lardon des choses qui l’intriguent (le bruit de la huppe, comment mange une baleine, etc). Et d’ailleurs, je note que ça n’est vraiment pas facile de trouver du youtube des vidéos courtes et documentaires de qualité !!

    • Carole

      Merci pour ton partage, je vois que nous nous intéressons à des sujets semblables 🙂

      Je m’étonne parfois de ce qu’on peut trouver sur YouTube 😛 J’ai dernièrement fait une recherche d’accouplement d’escargots (afin d’élucider un étrange phénomène rencontré dans notre jardin et la question de savoir si c’était une bagarre ou un câlin). Bref! Je reste une inconditionnelle de la série « Les minuscules » qui met en scène les insectes et autres petites bébêtes.

  • Bonjour, je découvre votre blog.
    Beaucoup diabolisent la TV au point de parfois faire culpabiliser les parents qui laissent leurs enfants la regarde.

    Vivant au Japon et étant la seule dans son entourage à parler français, je voulais que mon fils puisse écouter la langue de Molière via des dessins-animés comme Oui-Oui, Tchoupi etc, histoire de lui montrer qu’il n’y a pas que maman qui la parle et surtout qu’il ne choisisse pas la facilite en se mettant à ne parler QUE japonais, même avec moi.

    Depuis qu’il a 3 ans, (4 ans cette semaine) il regarde la Tv ou tablette, mais toujours avec une limite de temps. Je lui laisse maximum 1h par jour, parfois il gratte un peu pendant son petit déjeuner, mais sinon c’est surtout au moment du goûter. Il sait aussi à partir de quelle heure il a le droit de la regarder et ne demande donc jamais avant. Depuis Janvier il regarde Peppa Pig en anglais et a pu acquérir plusieurs mot de vocabulaire juste en suivant ses aventures.
    Je pense que pour les écrans, tout est une question de dosage, même si les enfants sont doués pour toujours en demander plus.

    • Carole

      Comme vous le dites bien, à chacun de trouver le dosage qui correspond à son enfant et aux particularités de sa vie de famille 😉 Dans votre cas, c’est effectivement important de le familiariser à la langue!

  • Fanny

    Je viens de lire votre article et je suis contente de me sentir moins seule dans mon choix éducatif d’utilisation raisonnée et raisonnable des écrans. Comme vous, je pense qu’ils sont de bons outils ponctuels pour montrer, expliquer voire éveiller les tout-petits. Comme vous, ma fille (14 mois) se passionne pour les papillons qu’elle voit dans les livres mais que nous ne croisons jamais dans la vie par contre. Dès lors, comment peut-elle imaginer en effet qu’un papillon, ça vole. En regardant un documentaire sur internet à mes côtés, elle a l’opportunité (et les capacités cognitives) de comprendre qu’ils volent comme les oiseaux qu’elles voient tous les jours à l’extérieur. Il en va de même avec le smartphone via lequel je la prends souvent en photos. Comment lui expliquer dès lors l’interdiction de le toucher elle mais pas maman? Parce qu’elle a moins de 3 ans? Je trouve la réponse peu convaincante. Je préfère donc la prendre sur mes genoux dans le fauteuil et regarder ensemble ses photos. Et comme tous les « bébés », elle adore et nous passons un chouette moment, oui avec un smartphone. Et j’ai la conscience tranquille ainsi que la satisfaction de ne faire aucun mystère ou diabolisation d’objets du quotidien. Nous vivons avec notre temps (technologique) au sein d’un cadre avec des règles, comme tout le reste finalement.

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